2009-07-24

 

Polin

 

 

 


1902 - chanson dite "de route" - Paroles d'Edmond Bouchaud dit Dufleuve et
musique de Bernard Boussagol et d'Eugène Rimbault.


Il est difficile aujourd'hui de se faire une idée de ce que pouvait être un comique-troupier au début du siècle dernier. Il est difficile de s'imaginer des spectateurs venus entendre untel pousser la romance, un autre chanter des morceaux de bravoure ou voir et écouter diverses chanteuses en robes de soirée, attendre le moment où un comique, vêtu d'un costume pseudo-militaire (les bottes souvent dessinées sur les bas de pantalons), viendra les faire rire avec des histoires de caserne ou de petites amies laissées derrière, au village.

(Voir un vidéo clip en notre page sur Polin)

Le premier en ligne, celui qui a créé ce genre s'appelle Ouvrard. Ouvrard, père, car il a eu un fils qui a suivi ses traces. - Le plus connu (de nos jours) s'appelle Bach car on se souvient encore de sa "Caissière du Grand-Café" (au numéro 26), de son "Ami Bidasse" et de sa plus grande création, "Quand Madelon".

(Voir un deuxième vidéoclip en notre page sur Bach)

Beaucoup d'autres ont débuté en comique-troupier - ce fut le cas de Fernandel - mais ils ne s'y sont pas attardés. - Dans le lot, il y a en eu un, cependant, qui a dépassé tout le monde et celui-là, s'appelait Polin.

Henri Lyonnet, le célèbre historien et critique du théâtre, disait de lui qu'il était finaud et pudique, qu'il savait esquiver le mot scabreux sans perdre une intention, qu'il n'insistait jamais plus qu'il n'en fallait sur un effet, que son art était tout en nuances, servi par une voix ni trop forte, ni trop étendue mais qui était d'une extrême souplesse.

Reynaldo Hahn y allait, quant à lui, dans une conférence donnée en 1914 des mots suivants : "M. Polin n'est pas qu'un diseur. Quand on dit ainsi, c'est qu'on chante bien. Il faut l'avoir entendu dans une de ses chansons mi-bouffonnes, mi-sentimentales, pour savoir tout ce dont est capable le tact, tout ce que peut faire, d'une petite chansonnette sans importance, le goût d'un artiste. Or, chez M. Polin, le rythme est admirable. Quand il chante une de ces chansons durant lesquelles, par sa mimique, son essoufflement volontaire, il donne l'impression d'un régiment en marche, d'une foule de troupiers suant par un jour d'été, dans des vêtements trop lourds et souffrant gaîment les incommodités de leur état, comment ne pas admirer l'impeccabilité de son rythme invariable, impitoyablement cadencé, toujours bondissant, à la fois souple et nerveux, et la façon dont le remarquable artiste loge, case, dans son rythme uniforme et prodigieusement exact, les innombrables petits épisodes de diction qu'il invente ?"

Mayol, dans ses mémoires, précisait : "Son immense talent, si humain et si fin à la fois, se passait aisément de tous autres artifices et, même dépouillé de son cocasse uniforme de "tourlourou" naïf, même en habit noir, Polin ne perdait rien de sa spirituelle et charmante nature… Son génie comique se suffisait amplement, et lui valait toujours un égal succès."

On pourrait continuer comme cela longtemps mais pour de plus amples renseignements, voir notre page ou encore un site plus complet dédié exclusivement à Polin :

http://perso.wanadoo.fr/appoline/Polin/Polin.html

Laissons pour le moment les anecdotes, les compliments, les qui-a-fait-qui-avant-qui et passons tout de suite à une de grandes interprétations de cet homme si spirituel et de si charmante nature, celle de ce "Ah ! Je l'attends" dont nous joignons, ici, la version complète (du moins sur disque), avec ses monologues et ses remarques qui sauront, nous l'espérons, convaincre l'auditeur de la justesse des propos de Lyonnet, de Hahn, de Mayol et de nombreux autres :


Polin - "Ah ! Je l'attends" - Cylindre Odéon - Août 1904