1902 - chanson dite «de route» - Paroles
d'Edmond Bouchaud (Dufleuve)
musique de Bernard Boussagol et d'Eugène Rimbault
Il est difficile aujourd'hui de se faire une
idée de ce que pouvait être un comique-troupier au début du siècle dernier.
Il est difficile de s'imaginer des spectateurs venus entendre untel pousser
la romance, un autre chanter des morceaux de bravoure ou voir et écouter
diverses chanteuses en robes de soirée, attendre le moment où un
comique, vêtu d'un costume pseudo-militaire (les bottes souvent dessinées
sur les bas de pantalons), viendra les faire rire avec des histoires de
caserne ou de petites amies laissées derrière, au village.
(Voir un vidéo clip en notre page sur
Polin)
Le premier en ligne, celui qui a créé ce
genre s'appelle
Ouvrard. Ouvrard, père, car il a eu un fils qui a suivi ses
traces. - Le plus connu (de nos jours) s'appelle
Bach car
on se souvient encore de sa Caissière du Grand-Café, de son ami Bidasse et de sa plus grande création, Quand Madelon. -
(Voir un
deuxième vidéoclip en notre page sur
Bach)
Beaucoup d'autres
ont débuté en comique-troupier - ce fut le cas de
Fernandel - mais ils ne s'y sont pas
attardés. - Dans le lot, il y a en eu un, cependant, qui a dépassé tout le
monde et celui-là, s'appelait
Polin.
Henri Lyonnet,
le célèbre historien et critique du théâtre, disait de lui qu'il était finaud et pudique, qu'il savait esquiver le mot
scabreux sans perdre une intention, qu'il n'insistait jamais plus
qu'il n'en fallait sur un effet, que son art était tout en nuances,
servi par une voix ni trop forte, ni trop étendue mais qui était d'une
extrême souplesse.
Reynaldo Hahn y allait, quant à lui,
dans une conférence donnée en 1914 des mots suivants : «M. Polin n'est
pas qu'un diseur. Quand on dit ainsi, c'est qu'on chante bien. Il faut
l'avoir entendu dans une de ses chansons mi-bouffonnes, mi-sentimentales,
pour savoir tout ce dont est capable le tact, tout ce que peut faire, d'une
petite chansonnette sans importance, le goût d'un artiste. Or, chez M.
Polin, le rythme est admirable. Quand il chante une de ces chansons durant
lesquelles, par sa mimique, son essoufflement volontaire, il donne
l'impression d'un régiment en marche, d'une foule de troupiers suant par un
jour d'été, dans des vêtements trop lourds et souffrant gaîment les
incommodités de leur état, comment ne pas admirer l'impeccabilité de son
rythme invariable, impitoyablement cadencé, toujours bondissant, à la fois
souple et nerveux, et la façon dont le remarquable artiste loge, case, dans
son rythme uniforme et prodigieusement exact, les innombrables petits
épisodes de diction qu'il invente ?»
Mayol, dans ses
mémoires, précisait :
«Son immense talent, si humain et si fin à
la fois, se passait aisément de tous autres artifices et, même dépouillé de
son cocasse uniforme de "tourlourou" naïf, même en habit noir, Polin ne
perdait rien de sa spirituelle et charmante nature… Son génie comique se
suffisait amplement, et lui valait toujours un égal succès.»
On pourrait continuer comme cela longtemps
mais pour de plus amples renseignements, voir
notre page
ou encore un site plus complet dédié exclusivement à Polin, :
http://perso.wanadoo.fr/appoline/Polin/Polin.html
Laissons pour le moment les anecdotes, les
compliments, les qui-a-fait-qui-avant-qui et passons tout de suite à une de
grandes interprétations de cet homme si spirituel et de si charmante nature,
celle de ce Ah ! Je l'attends dont nous joignons, ici, la version complète (du
moins sur disque), avec ses monologues et ses remarques qui sauront, nous
l'espérons, convaincre l'auditeur de la justesse des propos de Lyonnet, de
Hahn, de Mayol et de nombreux autres :