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2009-05-23

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Le régiment de Sambre et Meuse
 

Le régiment de Sambre et Meuse
Marchait toujours au cri de liberté,
Cherchant la route glorieuse
Qui l'a conduit à l'immortalité
.


Une marche militaire... chanson française ?

Pourquoi pas ? La France n'est-elle pas ce pays pacifique qui, dans son hymne national veut abreuver ses sillons du sang impur [de ses ennemis] et qui fait chanter à ses enfants qu'[ils seront] moins jaloux de survivre à leurs aînés que de partager leur cercueil ? (La Marseillaise).

La France n'est-elle pas non plus, ce pays qui nous a donné Le clairon, Les cuirassiers de Reichshoffen, l'Internationale (du moins pour les paroles) et ce célèbre Rêve passe qui, lui, précédait de huit ans la guerre 14-18 ? N'est-elle pas ce pays qui, au cours de cette guerre allait chanter Verdun, on ne passe pas !, Les loups, L'étendard étoilé, tous de grands succès populaires de l'époque ?

À sa décharge, il faut citer La butte rouge, Le forgeron de la paix et Dieu sait combien de chansons de Bruant et de Montéhus sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir.

Mais nous sommes en 1870.

Depuis plus de cent ans, la musique la plus répandue en France, celle qu'on a entendue jusque dans les points les plus reculés de son territoire, a été celle véhiculée par ses armées. - L'âge d'or de la musique militaire, en France, date de cette époque.

On ne l'entendait pas juste au passage : elle était là, tout simplement, omniprésente, avec ces airs faciles à retenir, son rythme régulier et ses accords relativement simples, de toutes les fêtes et de toutes les cérémonies officielles.

Or en 1870, la France est défaite. - Ses élus, aux prises avec d'autres problèmes, ne sont pas trop empressés à prendre leur revanche (le pays est ruiné) mais le peuple, lui, sait qu'il a perdu et il est prêt à écouter les chansons qu'une italienne (sic), Amiati, chante un peu partout :  Le maître d’école alsacien, Une tombe dans les blés, le Violon brisé, Alsace-Lorraine... (on trouvera des liens vers les paroles de ces chansons en notre page sur Amiati). Il s'agit là d'un répertoire qu'allait reprendre Bérard jusqu'à la fin de la Grande Guerre et qu'il allait perpétuer jusqu'en 1930 avec d'autres airs - sur la victoire, cette fois-là, la victoire nécessairement de 1918.

En attendant, divers chanteurs se bâtissent une carrière autour de ces airs militaires qui résonneront longtemps et qui continuent de faire partie de ces fêtes dites nationales.

Parmi ces airs, nous avons choisi Le régiment de Sambre et Meuse non pas parce qu'il est le plus représentatif de toutes ces chansons (mettons : hymnes) interprétées par des chanteurs au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, et quatre-vingt-dix, mais parce qu'il permettra à la plupart d'entre-nous d'apposer un nom à une musique qui fait partie de notre bagage musical, aussi inconscient puisse-t-il être.

La musique est de Robert Planquette qui signera sept ans plus tard celle des Cloches de Corneville (sur un livret d'un commissaire de police, Charles Gabet, aidé, pour la versification par Clairville, le co-signataire de La Fille de Madame Angot). - Les paroles sont de Paul Cézano, un de ceux qui traduisirent en français Edgar Allan Poe (Les Deux Assassinats de la Rue Morgue). - Faut-il en ajouter plus ?

Robert Planquette


Extraits sonores :

Il existe du Régiment de Sambre et Meuse des enregistrements qui pourraient être qualifiés de légendaires - disons plutôt surprenants compte tenu du thème - : de Caruso, par exemple, (1919) ou encore d'André Baugé (1920).

Une chanson pour chanteur à voix évidemment mais aussi pour orchestres militaires, ténor, baryton, basse-chantante et chœurs d'opéra. La Garde Républicaine en a fait cinq enregistrements, les Carabiniers Belges du Régiment de Bruxelles (sic), deux. Nous en avons retracé d'autres par le Chœur de l'Opéra de Paris et celui de l'Opéra de Lille...

Et l'on pourra, si l'on y tient absolument, l'entendre live régulièrement dans le stade de l'université de l'Ohio dont le marching band en a fait son thème.

Nous en avons choisi deux, de chanteurs populaires à une certaine époque de chanteurs à voix mais moins connus aujourd'hui :

Un extrait, tout d'abord, de la version Odéon d'Henri Weber, un chanteur qui, à l'instar de Bérard, fit certains beaux jours au Théâtre de la Gaieté au début du siècle dernier, et qui est, en outre, responsable d'enregistrements célèbres : celui du Clairon (Déroulède), celui des Cuirassiers de Reichshoffen et un de ceux du Père la Victoire dont nous reparlerons sous peu.

De la collection Jean-Yves Patte :

Henri Weber - Odéon - 1904 - Le Régiment de Sambre et Meuse - 1mn19

Le deuxième est celui de la basse-chantante, Pierre d'Assy du Théâtre de la Monnaie (Bruxelles), époux de la soprano Jane Pacquot, qui, sous le nom de Beaufort, enregistra, pour les auditeurs des derniers balcons des grandes salles parisiennes et bruxelloises, quelques disques à saveur plus ou moins militaire entre 1905 et 1910 (la Marche Lorraine, entre autres). - Sa version date de 1905.

Beaufort (Pierre d'Assy) - Cylindres Edison 1905 - Le Régiment de Sambre et Meuse - 3mn53

Note annexe (JM) :

Le 35ème Régiment d'Infanterie de Belfort, place forte célèbre de la guerre de 1870 où s'illustra Denfert-Rochereau, a créé sa version "maison" du refrain encore très vivace après la Deuxième Guerre mondiale :

Le régiment de fromage blanc,

faisait la guerre contre le camembert

mais le roquefort sentait (*) si fort,

qu'ils retournèrent jusqu'à Belfort.

(*) puait dans la version la plus dure

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