Quoi de mieux que de débuter une série qui se rapporte aux
années 1870 à 1945 avec une première chanson datant du XVIIIe siècle et puis
de continuer avec une autre datant datant de 1868, dont le texte a été écrit
en 1866, qui n'est devenue vraiment populaire qu'en 1872 et qui a finalement
associée à la Commune (18 mars - 27 mai 1871) que treize ans plus tard, en
1885.
Elle est devenue cependant, de cette Commune, son hymne, et
ce, dans des circonstances sur lesquelles les historiens ne s'entendent pas
tous. - Son lien avec elle a été assuré par l'auteur (Jean-Baptise Clément),
lors de la publication, en 1885, de ses Chansons choisies,
lorsqu'il la dédia à «La vaillante citoyenne Louise, ambulancière de la
rue Fontaine-au-roi, le dimanche 26 mai 1871» :
«Puisque cette chanson a couru
les lieux, j'ai tenu à la dédier à titre de souvenir et de sympathie, à
une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il
fallait un grand dévouement et un fier courage ! Le fait suivant est de
ceux qu'on n'oublie jamais : le dimanche 28 mai 1871, alors que tout
Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes
luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.
«Il y avait là, mal retranchés
derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels se
trouvaient les deux frères Ferré, le citoyen Gambon, des jeunes gens de
dix-sept à vingt ans et des barbes grises qui avaient échappé aux
fusillades de 48 et au massacre du coup d'état.
«Entre onze heures et midi, nous
vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait
un panier à la main. Nous lui demandâmes d'où elle venait, ce qu'elle
venait faire et pourquoi elle s'exposait ainsi ?
«Elle nous répondit avec la plus
grande simplicité qu'elle était ambulancière et que la barricade de la
rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n'avions pas besoin
de ses services.
«Un vieux de 48, qui n'a pas
survécu à 71, la prit par le cou et l'embrassa.
«Malgré notre refus motivé de la
garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter. Du reste,
cinq minutes plus tard, elle nous était utile. deux de nos camarades
tombaient, frappés, l'un, d'une balle dans l'épaule, l'autre au milieu
du front... J'en passe !
«Quand nous décidâmes de nous
retirer, s'il en était temps encore, il fallu supplier la vaillante
fille pour qu'elle consentit à quitter la place.
«Nous sûmes seulement qu'elle
s'appelait Louise et qu'elle était ouvrière. Naturellement, elle devait
être avec les révoltés et les las-de-vivre !
«Qu'est-elle devenue ? A-t-elle
été, avec tant d'autres filles, fusillée par les Versaillais ?
«N'était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais
dédier la chanson la plus populaire de toutes celles que contient ce
volume ?»
La musique est d'Antoine
Renard.
Note
Monsieur Philippe Boisseau,
un fidèle lecteur, nous écrivait en janvier 2003, que Jean-Baptiste
Clément en aurait rédigé dans un premier temps les trois premiers
couplets [et qu']il les aurait remaniés après, en y ajoutant le
4ème qui fait implicitement référence à cet épisode... (page 132, «Sur
les traces des Communards», Jean Braire - Éditions ouvrières
[Amis de la Commune])
Quelle que soit sa petite histoire, Le temps des
cerises, à l'origine sous-titré «romance», figurerait au tout
premier plan dans n'importe quel palmarès de dix des plus grandes chansons
françaises.
Elle aurait été créée par son compositeur qui, ex-chanteur
d'opéra, se produisait à l'époque dans de nombreux cafés-concerts belges...
- C'est plausible. - Ce que l'on sait pour sûr, c'est qu'elle faisait partie
de son programme, à Paris, à l'Eldorado en 1868. - Voir à ce propos les Mémoires de Paulus, chapitre 3.
Son premier enregistrement, selon Jean-Claude Klein (Florilège de la chanson française, Bordas - 1990)aurait été fait par
le ténor Augustarello Affre pour la marque A.P.G.A. en 1908 mais on sait que cet enregistrement a été précédé de
plusieurs autres notamment par ceux de : Maréchal en 1898, Francis Marty, la
même année, Petrus en 1900, Odette Dulac en 1901, Soulacroix, Affre et
Moratore en 1904, Mercadier en 1905. Welldy en 1906, etc. (Mémoire de la chanson, Martin
Pénet - voir Bibliographie) (*).
(*) La liste d'enregistrements du Temps des cerises compilée par Martin Penet contient 106 références et ne cite pas, entre
autres, les versions live (on en connaît deux par Yves Montand),
diverses versions instrumentales, les versions postérieures à l'an 1999,
etc.
Ses grands interprètes populaires demeurent Vaguet (1909), Fred Gouin (1928), Réda Caire (1932), Tino Rossi (1938), Yves
Montand (1955)... - Mouloudji en a fait une version
remarquable (en 1959) de même que Marc Ogeret (en 1968)... - Charles Trenet en
a fait une version swing en 1942, Charpini et Brancato en ont fait
une parodie en 1937... et nous pourrions continuer comme cela longtemps.
La version que nous proposons est celle de Jean Lumière (1907-1979) qui date de 1947 (février ou mars):